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01
Dec
December 1, 2018, 9:28 am

01/12
Les moulins de Kinderdijk ne gesticulent plus.
Gros coléoptères couchés dans l'eau du canal
Décharnés, les élytres brisées
Ils grelottent dans la brume.
La nuit, leurs sanglots m'attristent.



02/12
Défilés des insoumis,
Défilés des cœurs dénudés,
Défilés des panneaux ensanglantés.
Javelles de haines, d'embrassades.
Bouleversement des acuités et des folies,
Balancement des foules, oscillations des idées,
Valse des fureurs, danses des corps.
Les serpents se relèvent, ils ne tirent plus la langue.
Ils sont le séisme d'une terre de corruption,
Ils sont la lente libération des nouures ancestrales.
Les serpents marchent, leurs mains ne tremblent plus.
Ils sont les rebelles des urnes grimaçantes.



03/12
Nous n'avons plus sous nos dents que nos silences et nos cris
Nous n'avons plus sur nos os que les dépouilles du vieux monde
Nos vies ont été consommées impunément par les opportunistes
Et nos carcasses, ensuite, offertes à de sombres salopards
Cependant, jamais nous n'avalerons la semence stérile des puissants.



04/12
Il y a des matins qui sentent la révolte en France
Quand la jeunesse brocarde les soudards de l'ordre
Et crache sur les discours pornographiques du pouvoir.
Il y a des matins qui sentent le sang en France
Quand les flash-ball bruinent sur la jeunesse
Et creusent des bénitiers dans leur crâne.
Il y a des matins où la république sent la putain
Quand elle couche la jeunesse sur des bétons vermeils
Et que ses bouffons officiels se vautrent sur ses oripeaux.



05/12
Notre pays est en mue et on veut nous faire taire
On nous accuse d'une altération de l'histoire
On veut cacher les violences qu'on nous fait
On nous veut à genoux dans nos soumissions
Mais notre sang ne sera jamais celui des agneaux.



06/12
Prendre les mots emportés au chemin des révoltes
Ceux qui dessinent l'histoire lors des bousculades
Mettre en musique les tragédies humaines
Et chanter la révolution comme des anges en migration.



07/12
Il y a des océans de solitude dans sa vie
Ils allongent leurs griffures dans ses sommeils
Là où tout savoir est une évidence
Là où son corps tient dans la courbe des vagues.
Elle ? Elle dessine des rêves sur la peau des plages
Tandis que l'ombre du temps dévore ses paupières.






08/12
Chaque bouche privée de mot est comme un pas privé d'empreinte.
Dans l'incertitude du vide, dépossédé de la nécessité du dire
On ne peut plus analyser ses déplacements, ses géographies
Mais on sait que le silence est le pâturage de la paix.



09/12
Je prendrai la terre par mes yeux grands ouverts
Et je m'aspergerai des senteurs de ses brumes.
Je suis de l'histoire du monde, à genoux dans son feu
Et mon souffle comme une torche brûle au bout de son exil.
Ma terre chérie, mon amour aux chairs torturées
Aux embouchures des déchirures tu construis tes rancunes.



10/12
Le sang épais de la nuit arpente les insomnies
Ici se perdent les pensées éphémères
Il existe des dérives dans les silences.



11/12
La ville boit ses peurs aux seins de ses cris
Ses cris enfermés dans la nuit, collés aux gorges.
La foule danse sur les voitures calcinées
Devant l'arrogance des banques pleines d'argent
Et ses chants s'élèvent des lignes bleues des pavés
Elle danse avec la mort, avec la folie des rues
Elle soude aux ronds-points ses naissances bigarrées.
Le roi de verre a des barbelés sur ses larmes.



12/12
Regarder les hommes qui souffrent et ne pas souffrir.
Voir sa vie mourir à petit feu
Mais toujours creuser la tombe des autres.
Chuchoter avec la mort fait de la vie un mirage.



13/12
Des nuages déracinés flottent sur l'automne qui craque ses noix
Ils déambulent sur de larges avenues et attendent que la lune se lève.
Alors, sans hâte, sans se presser, ils vont aller au dessus de mes champs.



14/12
Les guerres plantent partout leurs croix
Elles moissonnent les vies, elles émiettent les destins
Leurs couteaux chuchotent la mort à nos oreilles.
Elles égorgent le monde, essuient mollement leurs lames
Puis toujours s'accréditent sur la paix.






15/12
Le flux des notes comme un rythme de foule
Comme un mouvement de vie.
Se balancer sur ces sonorités, sur ces perfections
Faire ses danses comme on fait un voyage.



16/12
Nos fronts à la rue du matin au soir
Nos gorges au vent comme des étendards
Et le désespoir que l'on pisse sur les murs.
Les cicatrices et les brûlures de nos libertés
Creusées sur les pavés comme un poème,
Les mensonges du pouvoir sur les cendres du monde
Comme d'ignobles coups de poignards.



17/12
Écrire sur sa mémoire les paysages des jours qui passent
S'émanciper du temps pour oublier l'instant
Graver ses pas sur ceux du papillon
Y ciseler ses résistances, ses luttes, ses promesses.



18/12
Le soleil se fane,
La nuit a des assauts contre cette corolle nostalgique.
Le soleil a des sanglots,
La nuit, comme un tombeau, assiège ces pétales hébétés.
Le soleil ferme les rideaux rouges de ses étendards,
La nuit vient se morfondre au miroir de ces hypogées.



19/12
Il a sué toute la semaine, loin de sa maison
Alors pour sa belle compagne, il s'endimanche.
Les gazouillis s'accordent aux âmes charmeuses
Quand l'amour tend ses fleurs au seuil de l'alcôve.



20/12
Le blues a sonné à ma porte puis est entré dans ma maison.
C'est un vieil ami dont les notes ont de l'affection pour moi
Dont la voix qui chante est la caresse d'une musique intime.
Et je me laisse étreindre par les enrouements d'un saxophone
Et je me laisse bécoter par les accords d'une guitare
Et je me laisse câliner par les larmes d'un piano clair.






21/12
Le défunt a déposé sa gerbe sur le cabestan
Puis sur la mer qui clapote il a posé sa foi
Alors sous les linceuls blancs des vagues éphémères
Il a jeté sa chair aux vœux des poissons
Loin de sa mère et de son père enterrés aux labours.



22/12
Je me suis perdu dans les tiroirs de mon âge
Il y a tant de linceuls, tant de calvaires
Tant d'étoiles mortes, tant de lucioles éteintes
Qu'il m'est impossible de chuchoter au temps.



23/12
Je me suis évanoui dans l'opacité des fumées
En voyant les flammes dévorer Marx et ses fantômes.
Les strates des fumigènes flottent sur le capitalisme
Car les flash-ball sont aussi des propriétés privées.
Même sans plus-value, nos morts ne seront pas défiscalisées.



24/12
Il y avait un sillage de falaises sous le village
Au couchant on entendait les cloches du soleil
Et le vent sentait le vin chaud et la marée basse.



25/12
L'hiver a pris les poèmes dans la glace
Mais sous la bûche ardente le cœur tisonne encore
Tandis que du matin emmailloté où brillent les étoiles
Noël vagabonde sur son traîneau, les mains dans sa hotte.



26/12
Suivre le silence des absences
Frémir sous les ombres des sources fraîches
Et faire trembler au soleil l'idée d'un souvenir.






27/12
Les touristes dérivent sur une terre impotente
Leurs avions remorquent leurs rêves nauséeux
Ils se nourrissent du lait miséreux des indigènes
Et des délices promis par leurs crédits.
Les touristes vivent des banques et du sang
Pour répandre aux paradis les bêlements de leurs chairs.



28/12
Dans de grandes villes à tête de mort
J'ai dormi sur les paillasses de mes remords
Avec en vrac des notes d'effroi sur les doigts
Et la peine des feuilles d'automne sur mes chansons.



29/12
Derrière le front bleu des montagnes
J'aimerai vivre du soleil Y
Avec les oiseaux et la terre
Avec le ciel au creux des mains.



30/12
Je suis comptable des rêves qui me flagellent jusqu'à l'aurore
Et qui découpent mes nuits de paysages livides
Mais cette nuit, j'ai bu les mystères au front des étoiles
C'est un élixir contre les syncopes des peurs vagabondes.



31/12
Aux âmes bien nées
Les années déroulent leur tapis rouge
Car l'on marche toujours sur son passé.

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