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         Automne








Le vent bouscule la chevelure jaune et pourpre du royaume de l'automne. C'est une lente érosion du souvenir des vertes futaies. L'automne en dentelle tient table aux taillis enflammés. Jonchées de feuilles haletantes dans leur solitude tourbillonnante. Chacune cherchant la meilleure place où se poser. Ici, dans ce moment de toutes les couleurs, même la chandelle du soleil est rouge. L'automne badigeonne ses paysages précieux pour toutes les mésanges qui volettent dans cet écho.


Les trognards dénudés écrivent leurs légendes sur les flaques des doux chemins qui s'éloignent vers un impossible silence. Le soir, au dernier souffle des feuilles, leur dégaine de chenapans effraie les rares promeneurs solitaires qui s'aventurent encore au long de ces fossés noyés. Les feuilles fantômes chantent leur mort, juste avant la chute. Ce frémissement des ramures ajoute à l'inquiétude comme une douleur qu'il faudrait mâcher dans cette esquisse de nuit.


Dans les racines des arbres se perdent les souvenirs de la sève. Le tapis des feuilles est le suaire qui recouvre cette mémoire, mais on distingue l'espoir d'une renaissance derrière cette porte. Monologue des bulbes dans leur lente germination. La racine sent ce feu, voit ces silhouettes qui bientôt monteront vers la lumière. Au début de ces longues attentes, elle s'accroche à la terre et ouvre le livre de l'automne inconstant. Les feuilles jaunies racontent le roman colérique du temps qui dévore la vie.


La nature s'éveille par germination, elle meurt par asphyxie d'une mémoire aux frontières des nuages. Parcours ordinaire aux illusions des saisons. Vivre et mourir par habitude. L'automne apporte toujours ses vacillements sur les jurons de l'âge. Il faudra attendre le printemps pour ressusciter et apprendre à respirer sous la terre avant de s'inonder de soleil. La lenteur des arbres est une manière de voyage, une horloge de mystère dans l'empire de l'automne qui agonise seconde après seconde. Les feuilles mortes recouvriront les murs du présent mais toujours un vert espoir gonflera demain aux ramilles.


Un muscardin qui grignote passionnément les joues d'un gland dodu
Des tremblements profonds sur les genoux endormis d'un champignon
C'est l'ombre tendre de l'automne qui s'endort sur sa forge rouge.


Feuilles d'automne. Miles Davis


Feuilles d'automne. Ahmad Jamal