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        Cantus contre un virus aux yeux fous.








C'était une solitude perdue dans un petit jardin, juste au milieu du vent.
Il y avait un piano couché dans l'herbe sous un arbre mort
Et les notes mouillaient nos cous comme une pluie fine glissant sur la peur.
Un piano nomade qui jouait sur la sueur des pierres et des rivières salées.
Au front puissant du piano montait bientôt une tempête parfumée de mort
Le jardin s'illuminait des applaudissements du sang de la guerre
Nos ventres se vidaient, la mélodie était un sabre posé sur nos cous.


Il n'y avait pas de portes closes dans notre jardin, on voyait tout
Les galops doux des chevaux dans l'herbe miraculeuse
Les sources accotées aux légendes des vieilles fougères
Les lumières prisonnières des grésillements des songes
Les voix des désirs qui s'agrippent aux parois des nuits
Les égarements tordus de la poésie sur les peaux de l'amour
Les mouvements des jours qui s'entortillent sur nos cœurs.


La tempête montait comme une guerre qui jaillit de l'âme
Il y avait un piano qui ouvrait la terre sous nos mains
Et les hirondelles venaient poser leur nid fécond de mille becs.
Les hirondelles de nos crevasses farouches et sombres.
Il y avait un piano comme une pointe inéluctable sur le cœur
Tel un virus aux yeux fous dans la gueule d'un monde assassiné
Il y avait un piano comme les lents démembrements de l'agonie.


Il y avait des répétitions infinies dans la poitrine de notre jardin
Des quêtes d'images ardentes assoiffées d'amour
D'images de mains tendues et de terre, d'interdits et de marécages
De quiétudes exquises et d'ombres humaines douces et légères.
L'aube était une amie, le soir un oubli qui sème ses caresses.
Notre jardin laissait le temps à la mémoire et à la sève
Le temps de jeter aux brasiers du silence les lauriers de la vie.


Au début c'était plein des autres, plein de bouches amies
La terre n'était pas encore un cimetière
Mais déjà, le destin conjuguait l'étrangeté dans nos petits jardins
La mort était sur l'aile d'un virus aux yeux fous.


Ecouter le silence du piano d'Arvo Pärt