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         La lumière du vide





(Photo par Lee Jeong Lok)



Je suis allé à la pliure du temps pour être le premier au monde
J'ai cessé de compter mes aurores pour devenir un soleil éternel
Je me suis tourné dos au jour pour connaître celui que je suis
Mais peux-t-on être encore soi au loin dans d'inconnus paysages ?


Reflets du monde dans le regard silencieux de ses funestes territoires
Terre saccagée des hommes roués pour une sobre retraite
Hurlements des thonaires sur les océans qui sanglotent
Mais peux-t-on exister sur des vides féroces, sur des lunes rases ?


Nécrose amère sur les langues méprisées, sans mémoire, sans tête
Peuples obscurcis, durcis par la peur, en errance sans âme et sans fin
Sève figée dans les prières maudites des nuits noires et inquiètes
Mais peux-t-on désapprendre les bordures des souffles qui rôdent en nos peurs ?


Ma naissance vient de la langue de la terre, de sa parole unique
Je suis loin des douleurs meurtrières des passions et de leurs abîmes
J'accomode ou j'absous le mensonge des hommes sur mes émotions
Mais peux-t-on imposer la chaleur des lointains par ses refus de partir ?


Écorché par la ville, j'ai enfoui mon visage dans le cou brûlant de la lumière
C'était un beau matin dans les racines du ciel, dans les failles de mon ombre
Surpris, un étranger s'est retourné sur cette paix tranquille, cette douce absence
Mais peux-t-on garder en soi le goût du voyage dans les baisers du départ ?