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         Terre








J'ai posé ma joue sur les genoux de la terre
Ses genoux sont deux pommes aux parfums épais de brume
Terre qui roule ses arbres bistrés au long des chemins
Terre récitant ses histoires muettes aux orties complices
Ma vie se confond dans les pages jaunies de ses allégories


Terre qui néglige les oiseaux et les cris de leurs déchirures
Terre qui transporte au loin les roseaux des migrations
Qui aux matins oublie ses mains blanches sur le sein des collines
Sang de terre qui cogne aux pulsations des pâturages
Terre qui consume les incandescences des ciels déserts


Terre apaisée expliquant sa solitude aux étoiles
Terre fidèle tenant la main d'une humanité festoyant
Terre aventurée aux ivresses effrayantes des hommes mauvais
Terre aux manuscrits ignorés et jetés aux poésies du temps
Terre bienfaisante des nuits et des songes sans lune


J'ai posé ma tête sur l'épaule de la terre
Pour sentir sur mon cœur l'affection de ma mère
Ce fantôme tatoué aux chambres des mots
Terre opiniâtre charroyant ses cortèges d'émotions
Terre avide et insatiable broutant mes verts souvenirs


Terre des abris secrets où luisent mes enfances
Terre au pied des persiennes où nichent les pensées
Terre de lumière sous les paupières fermées des rêves
Petits mots d'herbes, petits soupirs de l'air
La terre s'en va sans bruit aux palefrois du vivre


Terre perdue des pierres aux ombres des vieux murs
Terre aux rives des destinées immobiles
Des grands espaces surpris aux vieillesses des mots
Terre des calmes neiges aux envers de nos rives
Terre à quai des hivers, terre aux ombres des étés