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         Louis Lecoin


            (1888-1971)

            L’insoumission pour la paix.



    Louis Lecoin, antimilitariste, syndicaliste, anarchiste, bras droit de la mendicité et de la fauche. Ami de ceux qui disent non, fiancé des humbles et des petits, adjoint des miséreux et des inférieurs. Compère de ceux que l'on gruge les premiers, frère de ceux que l'on roule le plus.
    Louis Lecoin l'insoumis, le pacifiste. Louis Lecoin le révolté et le révolutionnaire, le libertaire qui refuse la violence guerrière.
    Louis Lecoin est né le 30 septembre 1888 dans une famille pauvre de sept enfants. Son père est journalier, sa mère est bonne. Tous deux sont illettrés mais font passer le certificat d’étude à Louis, gage de la maîtrise de l’orthographe et de la grammaire grâce auquel il trouvera du travail dans l’imprimerie comme apprenti typographe puis, plus tard, comme correcteur.
    Louis Lecoin décède en 1971. Il aura vécu quatre-vingt-trois ans sans capituler devant le pouvoir et sa violence. Il passera douze années de sa vie en prison pour ne pas sacrifier ses idéaux. Un de ses derniers combats le poussera près de la mort lorsque, à soixante-quatorze ans, il mènera une grève de la faim durant vingt-deux jours afin d'obtenir que soit légalisée l'objection de conscience (1).
    Il fit tous les métiers avant de faire du journalisme. Il connut toutes les prisons : le Dépôt, la Santé, Clairvaux, le Cherche-Midi, Poissy, Bicêtre, Albertville. A Monge (2), en 1918, il cassera des cailloux.
    Il connut toutes les juridictions : correctionnelle, assises, tribunaux militaires.
    Louis Lecoin ne se soumet jamais.
    1907. Arrêté avec des tracts libertaires. Trois mois.
    1910. Jeune recrue, il refuse de marcher avec son régiment contre des cheminots grévistes. Six mois.
    1912. Accusé de préparer le sabotage de la mobilisation en cas de guerre, de provocation au vol, au meurtre, au pillage. Cinq ans
    1917. A peine sorti de prison, il est arrêté pour distribution de tracts contre la guerre et pour insoumission. Cinq ans par un tribunal militaire, plus dix-huit mois par un tribunal civil pour troubles à l’ordre public. Libéré en 1920.

    1922. Pour avoir, durant le procès de Louis Cottin (3), accusé le président Poincaré d’être responsable de la mort de quinze millions d’hommes. Six mois.
    1927. Pour avoir crié trois fois «Vivent Sacco et Vanzetti (4)» durant le congrès des anciens combattants américains de la guerre 14-18. Arrêté, il fut gracié au bout de quelques jours par le préfet de police Jean Chiappe.
    1939. Pour avoir fait imprimer et distribuer clandestinement cent mille exemplaires d’un tract contre la guerre «Paix immédiate (5)». Emprisonné jusqu’en 1943.

    Création de la revue «Liberté» pour la reconnaissance de l’objection de conscience. Il reçoit le soutien de ses amis : l’abbé Pierre, Albert Camus, Bernard Clavel, Jean Cocteau, Jean Giono, Bernard Buffet, Lanza del Vasto.


    Le premier juin 1962, juste avant la fin de la guerre d’Algérie, Louis Lecoin entame une grève de la faim qui durera vingt-deux jours. C’est au bord du coma qu’il apprendra le dépôt d’un projet de loi sur l’objection de conscience (6).
    En 1964, un comité demandera la nomination de Louis Lecoin au prix Nobel de la paix mais le vieux libertaire se retirera au profit du pasteur Martin Luther King.
    En 1966 il entame sa dernière campagne «Pour le désarmement unilatéral de la France» car dit-il «la France doit déclarer la paix au monde».

    Louis Lecoin décède le 21 juin 1971.


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Louis Lecoin


Les cieux entendent tes lèvres hardies
Prononcer tes défis aux entraves obscures.
Il t’a fallu ensevelir les sacrifices des combats
Et lever les barrières sur tes sillons intenses.
Maudite soit la guerre, cette marâtre funèbre
Qui creuse ses tombeaux sous les flambeaux sauvages.
Ta rage égale ta force, ta douleur est sans fond
Tu accuses et envoies tes anathèmes audacieux
Et ta foudre brave les vautours de la haine.


Ô Louis, ta pitié des autres malheureux
Est un martyre qui ajoute à ton supplice.
La misère t’exaspère, t’obsède, te torture, te déchire,
Partout tu entends gronder les banquets de la guerre
Mais ton audace splendide est juge des oppresseurs.
Les tyrans sont iniques et cruels mais pas immortels
Et toi, Louis, tu n’abdiques pas de l’air que tu respires
Tu portes l’esprit et le cœur des hommes indignés
Tu es l’étendard qui flotte au-dessus de leurs jougs.


Les bras de l’histoire se sont refermés sur toi, Louis.
Louis, le vieux révolté.
Ils ont déposé tes yeux bleus sur un lit de laurier
Et nous voilà dans l’obscurité, sans guide.
Salue tous ceux qui périrent au pied d’une potence
Embrasse tous les martyrs qui ont campé avec la mort
Qu’en clartés éternelles, tes grandeurs intimes se répandent partout.
Que ta paix force la guerre à s’agenouiller
Qu’elle la force à crier : Cessez le feu !




Louis Lecoin, l’homme libre.



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    (1) Diffuser des informations concernant l’objection de conscience restait toutefois illégal.
    (2) En Auvergne.
    (3) Louis Cottin est l’auteur de l’attentat contre Georges Clemenceau le 19 février 1919.
    (4) Louis Lecoin est à l’origine des manifestations monstres de 1926-1927 pour la libération de Sacco et Vanzetti.
    (5) « Le prix de la paix ne sera jamais aussi ruineux que le prix de la guerre. Car on ne construit rien avec la mort ; on peut tout espérer avec la vie ».
    (5) Signé par Georges Pompidou, premier ministre de l’époque.